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Le Devoir, 07/05/2016

Essayez, pour voir, d’enseigner la beauté sauvage des loups et de la meute, de ces canidés, de ces seigneurs du Nord à une fillette intoxiquée par une imagerie médiévale attardée, convaincue que loup = méchant.

 

Un homme qui abandonne son pays pour sa famille. L’image poursuit le chroniqueur en ce petit mardi matin tout gris où il doit rendre compte de sa lecture de La frontière du loup de Sarah Hall. Il n’avait pas l’intention de parler de ce dont tout le monde parle au Québec en ce gris mardi du début mai. Il avait l’intention de parler des loups. De leur présence dans sa vie. Sur le calendrier au mur de la cuisine, à chaque mois une nouvelle photo de loups, comme une version carnassière de la bonne vieille pin-up girl.

[...]

Hall possède une indéniable maîtrise des réseaux de sens tissés par une oeuvre. Au thème de la partition du Royaume-Uni répond l’immense territoire grillagé où se déploient dans un premier temps les loups réintroduits. La frontière servant à isoler un grand morceau de nature des paysages environnants est plus brutalement réelle que celle que tracent, entre un empire sénile et la jeune nation, les vestiges de l’antique mur d’Hadrien.

Autre parallèle difficile à rater : à l’organisation sociale complexe de la meute, orbitant autour du couple et de la structure familiale, s’oppose la propre grossesse de Rachel, la spécialiste des loups, qui décide d’avoir et d’élever seule son enfant.

Rachel aboutit dans cette Écosse nouvellement indépendante où la meute échappée de l’enclos de Cumbrie se verra accorder l’équivalent d’un statut de réfugié. Elle regarde le parlement presque neuf. « Tout cela est possible, se dit-elle, si les gens le veulent avec suffisamment de force, s’ils sont las et habités par l’espoir. » Eh oui.[...]

Roman américain - La frontière du loup, Sarah Hall, Traduit de l’anglais par Éric Chédaille, Christian Bourgois - Paris, 2016, 474 pages

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